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 Les différentes formes de décision : des fonctions essentielles

Annexe au chapitre cognition de prospectic-2008

 

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Il existe de nombreuses autres fonctions, qui nous permettent de penser et de raisonner [1]. Parmi celles-ci, l’une d’elle est particulièrement importante : le processus de . Les recherches dans ce domaine ont un impact sur la mais également en management. En effet, plus le niveau de décision est élevé et plus le nombre d’éléments à prendre en compte est grand, et plus la décision est complexe. Comprendre le processus de décision dans notre cerveau et ses limites nous permet de mieux profiter de nos possibilités suivant le célèbre adage gravé au fronton du temple d’Apollon à Delphes : « connais-toi toi-même ».

Si les différentes fonctions de mémorisation commencent à se dessiner et forment un modèle qui pourrait mettre en perspective les différentes recherches des spécialistes depuis vingt ans, nous n’en sommes pas encore là pour le processus de décision. Il apparaît également multiple, mais nous avons encore du mal dans ces recherches plus récentes à cerner les différentes fonctions et à les relier entre elles. Il s’agit cependant d’un domaine en plein essor.

Pour , le processus de décision n’est pas seulement un ensemble de fonctions cognitives bien définies, mais il s’agit d’une propriété fondamentale de tout le système nerveux. Ainsi par exemple, même au niveau de la perception, lorsque nous regroupons des éléments pour constituer des formes simples (voir l’exemple de l’observation de constellations dans le ciel) notre cerveau prend un ensemble de décisions.

Le processus de décision est probablement le résultat d’un ensemble d’évolutions au fur et à mesure des millénaires. Le terme décision est lui même générique. Et représente plusieurs phénomènes :
  • Les « voies courtes » : un processus qui permet de faire un choix en 80 ms face, par exemple, à un danger
  • La « voies longues » : un processus qui utilise une voie plus longue qui passe par le cortex visuel, le cortex pariétal et les cortex frontal et préfrontal… Les économistes utilisent le terme de décision plutôt pour ce dernier type de processus, qui nécessite une délibération et un niveau de conscience (les économistes utilisent le terme « choix » lorsqu’ils considèrent le processus comme une « boite noire »)

Alain Berthoz fait ainsi l’hypothèse qu’il existe toute une hiérarchie de processus de décision du plus simple au plus complexe.

Exemple : différents types de choix simples et immédiats

La est un énorme neurone relié à de nombreuses zones (perception du monde externe, représentation interne, pris en compte du passé…) qui intervient dans des décisions simples comme la fuite et que l’on retrouve chez le poisson ou chez l’homme…

Le processus de fuite peut également faire l’objet d’un traitement plus élaboré. Lorsqu’un crapaud voit un objet allongé se déplacer [2], si celui-ci se déplace dans le sens de la longueur, il considère qu’il s’agit d’un vers et le capture, mais s’il se déplace dans le sens perpendiculaire, alors il s’agit probablement d’un prédateur qui se rapproche (par exemple un vautour avec les ailes étendues) et le crapaud fuit. On a donc dans ce cas une compétition entre les analyseurs sensoriels qui détectent le déplacement en long ou en large.

Le processus de qui utilise la voie longue intègre trois dimensions :
  • Les : par exemple des préférences politiques dans la décision prise lors d’un vote.
  • Les : elles interviennent plus particulièrement lorsque l’on est fasse à des possibilités en  concurrence où on doit établir une hiérarchie avant de sélectionner l’une d’elle.
  • Les différents processus de choix eux-mêmes : la sélection qui s’opère à partir des préférences et des motivations.
La décision est un processus de convergence entre ces trois dimensions.

Nous savons maintenant que le processus de décision volontaire n’est pas totalement rationnel mais fait appel aux émotions. Ainsi, , prix Nobel d’économie 1994 écrivait en 2001 : « Le principal courant théorique moderne en économie se fonde sur une image irréaliste de la prise de décision par l’homme. Les agents économiques sont décrits comme des maximisateurs bayésiens [3] de l’utilité subjective pleinement rationnels. […] On ne peut qu’admirer la structure imposante construite par Savage [4]. Elle exerce une forte attirance intellectuelle comme concept de rationalité idéale. Toutefois, il est faux de supposer que les hommes se conforment à cet idéal [5] ». L’année suivant, le psychologue obtenait à son tour le prix Nobel d’économie pour avoir démontré que l’homme n’était pas entièrement rationnel [6]. Cependant, , co-lauréat du prix Nobel d’économie 2002 a montré que l’homme, bien qu’irrationnel, n’était pas non plus totalement dominé par ses émotions. Il en conclut que notre est en partie prévisible.

Nous savons maintenant que l’ en particulier n’est pas simplement une réaction à  l’environnement mais également une « incitation à l’action ». Le processus de décision doit donc prendre en compte l’ensemble des fonctions, de la perception de notre environnement au passage à l’action. En tout cas, il apparaît clairement depuis quelques années que le processus de décision doit, pour être compris, prendre en compte la cognition (qui fait appel au ) et l’émotion (qui fait appel au ). Il prend en compte également le contexte extérieur et la prise de conscience par le décideur de la situation (situation awareness) [7].

La décision n’est pas seulement le résultat d’un processus d’excitation neuronale mais également d’inhibitions. D’ailleurs, toutes les structures importantes pour la décision dans le cerveau sont inhibitrices : cortex préfrontal, cervelet, ganglions de la base…, ce qui fait dire à Alain Berthoz : « décider c’est inhiber ».

Enfin, nous devons prendre en compte deux circuits de décision dans notre cerveau, l’un conscient, l’autre inconscient, qui se basent sur nos [8] :
  • Notre réalité interne consciente, associée à un état somatique qui provoque nos émotions, va aboutir à une décision qui peut provoquer une action. Cependant, les travaux d’Alain Berthoz ont montré que nous sommes conscients non pas au moment de la prise de décision mais quelques centaines de millisecondes après que le choix ait été effectué par notre cerveau [9]…
  • Notre réalité interne inconsciente, créee par l’association et le réarrangement d’autres traces mémorielle [10], également associée à nos émotions et donc à notre état somatique créé un scénario fantasmagorique (un ) qui génère une qui peut aboutir à une autre action totalement différente dont nous ne sommes pas maître.
Le sujet (notre ) émerge à la fois à partir de nos perceptions du monde extérieur et de nos réalités internes conscientes et inconscientes. Ainsi, si le même stimulus est appliqué une nouvelle fois au cerveau, la réponse est différente car celle-ci dépend également de nos réalités internes qui sont transformées par nos expériences. Pour Pierre Magistretti, « nous sommes biologiquement déterminés pour être imprévisibles ».

Si nos états internes sont à chaque fois différents, nous pouvons nous poser la question de savoir comment garder une certaine identité ? Notre cerveau est à la fois différent de tous les autres cerveaux mais également différent de ce qu’il était l’état auparavant.
Un des axes de recherche actuel très prometteur est l’étude des relations entre les processus de décision et la capacité de cartographie mentale [11]. Ainsi, la capacité à établir des des concepts permet un support à la pensée et aux décisions. Une approche que la légende raconte inventée par le poète en Grèce et qui a été très utilisée au moyen âge consiste à utiliser des (des : différents emplacements dans un lieu tel qu’un temple ou une église ou bien différents lieux dans une ville)  pour y déposer des concepts sur lesquels il devient possible de construire une pensée [12].

A retenir : les mécanismes de la décision

  • Les décisions ne sont pas un processus entièrement rationnel.
  • La neuroéconomie cherche à comprendre les mécanismes cérébraux derrière nos choix.
  • Certaines nouvelles formes de pensée, non linéaires et utilisant la cartographie, peuvent nous aider à prendre les bonnes décisions.


Notes

[1]  Cette partie doit beaucoup à la conférence d’Alain Berthoz sur les processus de décision dans le cadre du colloque HEC « perspectives cognitives sur la décision », 22 octobre 2007
[2]  l’expérience a été réalisée dans les deux cas avec succès à l’aide d’un simple morceau de bois.
[3]  Les réseaux bayésiens sont un modèle probabiliste de représentation des connaissances
[4]  Des travaux qui ont servi de base de la théorie de la décision en économie : Léonard J. Savage, « The foundatin of statistics », John Wiley, New York 1954
[5]  G. Gigerenzer, R. Stelten, Bounded Rationality : The Adaptative Toolbox, Cambridge, MIT Press, 2001, p. 13. Cité par A. Berthoz, La décision, Odile Jacob, 2003, pp. 11-12
[6]  Voir la partie sur la neuroéconomie dans "PropsecTIC : nouvelles technologies, nouvelles pensées" p225
[7]  Caroline E. Zsambok et Gary A. Klein, G « Naturalistic Decision Making. » Lawrence Erlbaum Associates, Mahwah, NJ. 1997
[8]  Présentation des professeurs , service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent, pédopsychiatrie de liaison (SUPEA) et , neurobiologiste à l’Institut de Physiologie de Lausanne, au groupe Intelligence Collective de la Fing le 5 avril 2005 (pdf) pour présenter leur livre commun : « A chacun son cerveau : plasticité neuronale et inconscient » éditions Odile Jacob, Paris, décembre 2004
[9]  Alain Berthoz, « La décision », Odile Jacob, Paris 2003
[10]  Voir, la partie sur la plasticité du cerveau dans "prospecTIC : nouvelles technologies, nouvelles pensées" page 231
[11]  Voir aussi la capacité de la face postérieure de l’hippocampe de cartographier des lieux réels ou des concepts, avec l’encadré « L’hippocampe des chauffeurs de taxi de Londres » page 47
[12]  , « L’art de la mémoire », traduit de l’anglais par Daniel Arasse, « Bibliothèque des Histoires », Gallimard, 1975 (publication originale américaine : 1966).

Le livre Prospectic, nouvelles technologies, nouvelles pensées (FYP éditions 2008)


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