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 Les différentes formes de cognitivisme

Annexe au chapitre cognition de prospectic-2008

 

Mots-clés : ,

Le pose comme hypothèse que le psychisme de l’homme fonctionne comme un système de traitement de l’information décrit sous la forme d’une « ». On retrouve l’opposition entre les trois niveaux que nous avons vus précédemment. Leur articulation est cependant indispensable à une compréhension générale [1] :
  • le (le système d’information est le réseau complexe formé les neurones du cerveau)
  • les (On s’intéresse dans ce cas au niveau sémantique : les facultés cognitives constituent des unités de traitement de l’information)
Il faut y ajouter un troisième courant  qui prend en compte les trois sources des sciences cognitives (le cerveau, le psychisme et l’influence de la  société
  • Le (l’environnement social est le processus dominant qui règle la cognition)

Le cognitivisme  fonctionnaliste :

Une des notions principales utilisées par les est celle « d’ [2] », qui correspondent à des états fonctionnels de l’activité de l’esprit : ils sont définis par leurs causes (input) et leurs effets (output). Pourtant, nous ne sommes pas capables de les décrire sous la forme de processus physico-chimiques. Le psychisme n’est plus considéré comme une seule boite noire, comme le proposait le , mais comme un ensemble d’états mentaux qui eux sont considérés comme des boites noires. Nous sommes descendus d’un cran dans la description du fonctionnement de l’esprit, sans pour autant être capable d’ouvrir ces boites pour en découvrir les rouages neurobiologiques. Il devient possible d’imaginer des classes d’équivalence d’états mentaux : différents cerveaux à différents moments de leur existence, fonctionnent différemment, mais peuvent avoir des réactions comparables.

Le (ou ) cherche à produire une analogie entre l’homme et l’ordinateur pour interpréter le psychisme en terme d’information, de procédure et de processus. Il se base sur la notion de fonction appliquée aux états mentaux (à chaque élément de départ correspond une solution unique), ou plus précisément de fonction calculable. a transposé la notion de machine de Turing (un modèle abstrait du déroulement d’un calcul mathématique), non plus aux machines comme se fut le cas pour l’ordinateur, mais dans l’univers de la philosophie de l’esprit. L’objectif était de pouvoir donner un contenu scientifique aux états mentaux qui sont issus au départ de la psychologie. Dans l’analogie avec la machine de Turing, le psychisme est vu comme un programme et les états mentaux comme les états internes de la machine de Turing.

Mais le fonctionnalisme calculatoire pose plusieurs problèmes. Pour qu’une machine soit une machine de Turing et puisse donc traiter toute fonction calculable, il faut qu’elle puisse avoir n’importe quel état interne – dont certains  ne seraient pas viables psychologiquement. Si dans le psychisme les états internes sont limités aux états mentaux viables, alors il ne s’agit plus d’une machine de Turing et le psychisme ne permet plus de traiter n’importe quel problème calculable. Dans le cas du cognitivisme, il semble que le cerveau cherche une économie d’espace et de temps dans les représentations cognitives, ce qui le rend plus efficace, mais moins complet qu’une machine de Turing. De plus, une machine de Turing doit disposer d’une mémoire infiniment grande et doit disposer d’un temps infini (mais la mise en œuvre d’une machine de Turing sous forme d’un  ordinateur pose également les mêmes problèmes).
Mais surtout, la théorie nous permet de calculer des états mentaux mais pas de nous renseigner sur leur nature et sur leurs limitations. En cela, elle perd de son intérêt.
 
Pour prendre en compte ces difficultés, de nouvelles approches fonctionnalistes ont été proposées. Le linguiste a émis l’hypothèse que la capacité à parler est innée et inscrite dans notre cerveau. En particulier, la forme génétique de l’être humain prédétermine biologiquement les grammaires que nous pouvons construire (cela veut dire que toutes les langues sont basées sur une grammaire commune à tous les hommes). a généralisé cette théorie de la prédétermination biologique à toutes les compétences cognitives. La cognition résulterait de facultés cognitives élémentaires innées et communes à chaque humain (la mémoire par exemple peut se décomposer en mémoires épistolaires, à court terme, immédiates …). Ces facultés cognitives élémentaires sont considérées par Fodor comme des modules de traitement de l’information auxquels viendraient s’ajouter des récepteurs et des effecteurs. Ces facultés élémentaires se développeraient et se combineraient différemment en fonction de l’histoire de chacun. Ces modules de traitement de l’information opèrent sur des phrases exprimant des pensées dans un langage interne de notre esprit : le . Aujourd’hui, la plupart des spécialistes s’accordent sur l’architecture modulaire proposée par Jerry Fodor, mais le mentalais reste une hypothèse débattue car cela nécessiterait que le mentalais soit un langage ou chaque mot soit étroitement associé à un sens. a montré que la syntaxe est irréductible à la (le mot « eau » n’a pas le même sens pour un grec, un chimiste… ou un cabaretier). Malgré cette difficulté plusieurs chercheurs essaient de constituer un lexique universel ou plus précisément commun à toute l’humanité, fait de notions élémentaires combinables entre elles selon des lois générales dont chacun hériterait.

Pour en savoir plus : IEML, un langage sémantique commun

L’ () de va dans cette direction [3], il propose de construire l’ensemble des sens par une combinaison de cinq symboles élémentaires universels : le et l’ d’une part et le signe, l’être et la chose d’autre part. Il existe plusieurs niveaux de combinaison de ces briques de bases : la combinaison des 5 éléments primitifs perme de constituer 25 événements (le passage du virtuel à l’actuel constitue une alors que le passage de l’actuel vers le virtuel est une …). La combinaison des événements forme 625 relations (naître, travailler, s’alimenter…). Les idées constituent un troisième niveau en combinant deux ou trois relations entre elles. Il en existerait alors un nombre fini (240 millions), qui constituent les « mots » du métalangage. Ces mots peuvent ensuite former des phrases sémantiques sur lesquelles peuvent opérer les facultés cognitives élémentaires.

Pour en savoir plus : le langage selon la cognition située.

On a vu comment les sciences cognitives imaginent le langage. Il existe chez le « sujet » un module spécialisé dans les structures syntaxiques et grammaticales, et même une espèce de « mentalais » un langage abstrait prêt à être converti dans toutes les langues de la planète. Mais selon d’autres chercheurs, là non plus, point n’est besoin d’un « système de traitement ». Le langage peut bien naître par auto-organisation, par l’interaction entre les locuteurs.

Les travaux de au computer science Laboratory de Sony tendent à contredire les théories de Chomsky sur les structures innées du langage et la nécessité de l’existence d’un mentalais inscrit dans nos cerveaux. En faisant « converser » des robots sur leurs environnements, ceux-ci ont été en mesure d’élaborer un langage commun au cours de leurs interactions. Il se pourrait donc que le langage soit un « phénomène émergent ».

Cette nouvelle théorie sur l’auto-organisation du langage n’est pas une spéculation purement abstraite. Au contraire, ces applications sont réelles et pourraient permettre diverses avancées technologies. En robotique, bien sûr (le CSL de Sony se préoccupait beaucoup de « Aibo » avant que ce projet ne soit abandonné) mais aussi dans des domaines plus éloignés comme les réseaux peer to peer d’échanges de musique Il en effet très difficile de  catégoriser les genres musicaux de manière volontaire. Souvent, les auditeurs partagent des goûts communs, bien qu’il n’existe pas de terme précis pour designer cet ensemble de préférences. Dans la perspective de « dynamique sémiotique » de Luc Steeles, il deviendrait possible d’envoyer sur les réseaux divers agents qui observeraient les téléchargements de l’utilisateur et élaboreraient une « taxonomie » particulière qu’ils pourraient améliorer en « discutant » avec les autres agents sur le réseau, qui représentent d’autres utilisateurs. Les robots logiciels pourraient ainsi partager leurs informations à l’aide d’un langage auto-construit, et fournir ainsi des  consignes de téléchargement à leur « maître ».

Le cognitivisme physicaliste :

Le au contraire va se concentrer sur les éléments matériels qui forment le support de la cognition.

Les plus réductionnistes, les philosophes comme , excluent toute référence à la notion d’état mental et donc à la psychologie classique. Pour eux, la pensée n’existe que matériellement et peut être réduite à l’activité cérébrale. Les neurosciences deviennent le fondement unique de la philosophie.

Sans aller aussi loin, les avancées des neurosciences éclairent singulièrement notre compréhension des phénomènes cognitifs. Trois exemples éclairent cet apport [4] :
  • Dans les années 1960, et se sont intéressés aux personnes dont le est sectionné. Cet ensemble d’axones relie les deux hémisphères du cerveau et permet l’échange entre eux. Ces personnes vivent de façon quasi normale, mais si on leur masque l’œil droit (relié à l’hémisphère gauche), elles deviennent alors incapables de nommer les objets qu’on leur présente même si elles les reconnaissent. Tout se passe comme si nous avions deux « demi-esprits » qui peuvent agir indépendamment. Une personne dont les deux hémisphères ne sont plus en communication peut ainsi refermer un tiroir d’une main alors qu’elle y a sa deuxième main à la recherche d’une paire de chaussettes... Le cerveau gauche qui comprend les zones du langage, a comme capacité supplémentaire la verbalisation alors que le demi-esprit du cerveau droit dispose d’une capacité accrue de faire des associations.
  • [5] pour sa part, s’est intéressées aux personnes ayant l’ du cerveau endommagée. Elles ont des capacités cognitives pratiquement normales, sauf qu’elles n’ont plus d’s, ce qui les rend incapable de vivre en société. Damasio a découvert également que ces personnes sont incapables d’anticiper ce qui semble montrer que les émotions et la rationalité sont liés (cependant, ce lien est partiel car il est possible d’avoir une intelligence rationnelle sans émotion ni empathie…)
  • Les personnes qui ont le centre de la couleur [6] altéré voient le monde en gris. Mais les études ont montré qu’elles pensaient également le monde en gris, même pour les objets dont elles peuvent se rappeler d’avant l’accident qui a altéré leur centre de la couleur. Cela va dans le sens de la distinction entre la perception et la sensation : voir en gris du fait d’un problème neurologique signifie également que l’on pense en gris.

Une partie grandissante des fonctions cognitives naturelles sont recensées et simulables sur une machine. Mais dans le même temps, on découvre encore plus de lacunes au fur et à mesure que l’on avance.

Le cognitivisme situé

Cette  approche considère que la part prise par le sujet dans le développement cognitif est minime et que l’influence de l’ (en particulier les  processus sociaux) est dominant. La pensée est influencée l’enfance et les années d’éducation.

La cognition située propose une nouvelle vision du rôle des machines : au-delà de leur capacité à simuler le cerveau et le psychisme, elles deviennent un élément de l’environnement et cohabitent  avec l’homme. Il faut donc considérer le social comme l’ensemble des relations entre les hommes et entre les hommes et les machines [7].

Notes

[1]  cette opposition entre la strate symbolique et le comportement conscient  a été étudiée par .
[2]  Voir en particulier : D. Premack & G. Woodruff, « Does the chimpanzee have a theory of mind? » Behavioral Brain Sciences, n°1, pp515-526, 1978
[3]  Voir le site http://www.ieml.org/
[4]  Il s’agit d’exemples cliniques. Les avancées de l’imagerie fonctionnelle cérébrale permet depuis  de très nombreux progrès dans la compréhension du lien entre la neurobiologie et les facultés cognitives.
[5]  Antonio Damasio, L’erreur de Descartes, Odile Jacob, Paris 1995
[6]  La vision des couleurs est située dans l’aire V4 des aires visuelles situées dans la zone occipitale du cerveau, près de la nuque
[7]  Voir en particulier le compte rendu du séminaire organisé par l’association Aristote « la nouvelle interaction homme-environnement » sous la direction de David Menga et Jean-Michel Cornu (6 juin 2002) : http://www.fing.org/jsp/fiche_actualite.jsp?CODE=1122387634902

Le livre Prospectic, nouvelles technologies, nouvelles pensées (FYP éditions 2008)


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